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2023 : La Turquie du nouveau siècle

erdogan leader musulman

La République de Turquie est née en 1923 à partir des cendres de l’Empire ottoman. Alors que l’Empire comptait près de 3 millions de kilomètres carrés au début du XXe siècle, la Turquie fut réduite à quelque 780 000 kilomètres carrés. Le droit international a même eu privé le pays de ses îles afin de l’empêcher d’avoir un territoire maritime.

Pour certains, le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 signé après la guerre de libération (1919-1922) est salué comme un moindre mal voire positif car le territoire était réduit à la portion congrue par le traité de Sèvres du 10 août 1920.

Mais beaucoup espéraient une revanche sur l’histoire. Ils attendaient un nouveau Fatih Sultan Mehmet qui fut à l’origine de la chute de Constantinople (İstanbul).

C’est justement İstanbul qui allait mettre les projecteurs sur Recep Tayyip Erdoğan élu à la mairie le 27 mars 1994. Quelques années plus tard, le 14 mars 2003 il devient Premier ministre. Discret jusque-là, le 29 janvier 2009, il quitte le forum économique de Davos après avoir dénoncé au visage de Shimon Peres les crimes d’Israël sur les Palestiniens, même si les gens retiennent que la célèbre phrase « One minute ». Pour les musulmans du monde un héros était né.

Malgré la presse occidentale qui parle plus du président turc que celui des États-Unis pour Ankara la réussite politique, indéniable, de Recep Tayyip Erdogan est d’avoir conduit une synthèse, inédite dans l’histoire politique turque, entre islam et patriotisme, dépossédant ainsi le fanatisme du kémalisme (rejet de l’histoire avant 1923, rejet de la religion, idéalisation du modèle européen et culte de la personnalité).

erdogan ottoman

Présence sur plusieurs fronts

Le président turc a décidé de moderniser son armée. Non pas en achetant les dernières générations d’armes à l’étranger mais en faisant de la Turquie un manufacturier. En une décennie, la Turquie a considérablement renforcé son autonomie dans la production d’armes et obtenu de nombreux succès à l’exportation, en particulier dans la production de drones. Même si l’industrie militaire reste sur plusieurs points, comme la motorisation, dépendant de fournisseurs étrangers, les cerveaux sont là pour équiper les hélicoptères comme l’Atak ou le futur avion de 5ème génération le TAI TFX.

La Turquie intervient militairement sur plusieurs fronts, Irak, Syrie et Libye. Elle multiplie son nombre d’ambassade afin de conquérir de nouveaux marchés notamment en Asie et Afrique. L’Occident nomme cela la politique néo-ottomane. Même si Erdoğan ne veut pas retrouver les territoires de l’empire, il le fait diplomatiquement en proposant des contrats gagnant-gagnant qui s’opposent à ceux de l’Occident qui ressemblent à du pillage comme le Françafrique, une relation qualifiée de néocoloniale.

L’autre aspect du changement avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP, parti politique est le soft power ottoman au moyen des séries télévisées turques. Si auparavant dans les séries, le laïcard était riche avec une servante voilée aujourd’hui celles-ci (les séries) font l’éloge des héros pré-republique. Elles sont largement diffusées dans les pays musulmans.

Erdogan a marqué l’histoire

Si jadis Mustafa Kemal était le seul personnage important de l’histoire turque ou ottomane aujourd’hui il devient peu à peu un nom parmi beaucoup d’autres. Dans plusieurs municipalités turques, des statues d’Atatürk sont désormais intégrées à des ensembles appelés « routes des grands hommes » , aux côtés des bustes de conquérants des temps médiévaux comme Toghrul Beg (993-1063) et Tamerlan (1336-1405) figurent les plus célèbres des sultans ottomans. Depuis une quinzaine d’années, ces ensembles de bustes forment le nouveau panthéon de municipalités conquises par le MHP.

Recep Tayyip Erdoğan souhaite marquer l’histoire en ouvrant une nouvelle page cent ans après 1923. Cependant certains souhaitent l’en empêcher via par exemple la tentative de coup d’État le 15 juillet 2016. Des sanctions économiques ou via une opposition unie pour un n’importent qui sauf Erdoğan.

Recep Tayyip Erdoğan veut gagner l’élection présidentielle de 2023 et faire coïncider sa victoire avec la célébration du centenaire de la République. Si Mustafa Kemal avait marqué son siècle via la laïcité, le nouveau siècle serait celui de l’islamo-patriotisme et refonder la Turquie comme une grande puissance musulmane.

FTU