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Evènement de 1915: entre instrumentalisation et chantage

La question arménienne est utilisée partout dans le monde comme un moyen de chantage contre la Turquie. Plus de 103 ans plus tard, “deuil” et “devoir de mémoire” sont toujours suivis de demande de compensations financières douteuses, qui entachent la sincérité d’une démarche de “vérité historique”. Les plus hautes juridictions d’Etat “recadrent” régulièrement les tentatives de dévoyer la loi. 

La Turquie par la voix de son président, Recep Tayyip Erdogan a toujours invité les historiens arméniens et turcs ainsi que les scientifiques et historiens  du monde entier, à étudier ses archives, tandis que les nationalistes arméniens ont toujours empêché toute liberté de recherche sur la question, l’Arménie refusant l’ouverture de ses archives aux historiens.

Sans des travaux de recherches objectifs et impartiaux, difficile de prétendre à la reconnaissance de faits historiques, de la réalité du nombre de victimes côté musulmans et arméniens qui font toujours débat dans la communauté scientifique.

Il est de facto difficile d’obtenir un ‟consensus général, en particulier scientifique, sur des événements ayant eu lieu il y a plus d’un siècle, étant donné que la recherche historique est par définition controversée et discutable et ne prête guère à des conclusions définitives ou à des vérités objectives et absolues, surtout quand l’Arménie refuse l’ouverture de ses propres archives.

C’est d’ailleurs ainsi qu’en a décidé le Conseil constitutionnel  français en janvier 2017 qui précise : «des faits susceptibles de faire l’objet de débats historiques».  La plus haute juridiction française précise donc dans sa décision que l’accusation de «génocide arménien», comme d’autres tragédies du passé, relève du «débat historique» et non des tribunaux.  

En effet, en janvier 2017, le Conseil Constitutionnel français a mis un terme à une période de 23 années, pendant lesquelles les nationalistes identitaires arméniens, issus pour partie du terrorisme et du soutien au terrorisme, ont tenté d’imposer des mesures liberticides sur l’histoire ottomane.

En 2012, le Conseil Constitutionnel avait déjà censuré la proposition de loi Boyer en ces termes :

« 6. Considérant qu’une disposition législative ayant pour objet de «reconnaître» un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s’attache à la loi ; que, toutefois, l’article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l’existence d’un ou plusieurs crimes de génocide «reconnus comme tels par la loi française» ; qu’en réprimant ainsi la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes qu’il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres griefs, l’article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n’en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution, […] »

A la suite de cette proposition de loi et avant que celle-ci  ne fusse retoquée par Le Conseil Constitutionnel, la Turquie et la France ont connu un froid diplomatique.

Il est possible que la France ait utilisé le chantage à cette nouvelle proposition de loi pour obtenir des contreparties économiques qu’il lui aurait été difficile d’obtenir autrement.

En effet, ADP (Aéroports de Paris) en 2012 avait racheté les parts de la société turque TAV qui gère plusieurs aéroports notamment celui d’Istanbul. La décision du Conseil avait été prise au mois de février 2012 et la transaction avait été réalisée trois mois plus tard. L’invalidation de la loi a-t-elle été alors une conséquence de ce chantage?

Le Conseil d’État français en avril 2013, a aussi annulé un avant-projet de loi qui n’avait aucune consistance légale (et plusieurs décisions sont allées dans le même sens dans les 20 dernières années).

La jurisprudence française est par ailleurs confortée au niveau européen par la 2e chambre de la Cour européenne des droits de l’homme,  qui a donné raison sur ce point en décembre 2013 au requérant: «116. Par ailleurs, la Cour estime, avec le requérant, que le ‟génocide” est une notion de droit bien définie. […] La Cour n’est pas convaincue que le consensus général” auquel se sont référés les tribunaux suisses pour justifier la condamnation du requérant puisse porter sur ces points de droit très spécifiques.

La Grande Chambre suisse a confirmé cet arrêt en appel en octobre 2015, et a considéré que la liberté d’expression du requérant , M. Perinçek a bien été violée, et qu’« il a pris part à une polémique ancienne (sur 1915) dont la Cour a déjà reconnu, dans plusieurs affaires dirigées contre la Turquie, qu’elle touchait à une question d’intérêt et qu’elle avait suscité de “vifs débats, non seulement en Turquie mais aussi dans la sphère internationale”. » On retrouve ainsi la notion de «débats historiques», utilisée par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 26 janvier 2017.

Des accusations unilatérales, qui ne pourront avoir comme résultat que de braquer une communauté contre une autre sans jamais trouver la résilience de la mémoire de ces évènements tragiques, dont les victimes musulmanes furent encore plus nombreuses que les victimes arméniennes selon plusieurs historiens, fait rarement mentionné par les identitaires arméniens nationalistes.

La loi de pénalisation en 2012 avait divisé la classe politique et le monde intellectuel français. Robert Badinter, Pierre Nora, Jack Lang et d’autres s’étaient opposés au texte ainsi que l’association “Liberté pour l’Histoire”.

Robert Badinter dans son intervention à l’assemblée générale de Liberté pour l’histoire, le 2 juin 2012: 

“Pour des raisons diverses, particulières, on s’est complètement départi de cette exigence au long de la dernière décennie, où la loi a commencé d’être perçue comme une sorte de baume destiné à apaiser les souffrances morales… le Parlement a une compétence d’attribution. S’il existe un Conseil constitutionnel, c’est aussi pour veiller à ce que le Parlement respecte la répartition des compétences et ne puisse regagner par ses votes ce que le constituant lui a retiré. Le Parlement français n’a pas reçu du constituant la compétence de reconnaître l’existence de génocides.”

Comme on peut le constater, bien que le Conseil ait invalidé de nombreux textes qui visaient à empêcher des historiens de mener leurs recherches ou d’écrire des livres sur ces évènements , et en dépit de décisions de la plus haute Cour , la France et d’autre pays utilisent ces événements comme un moyen de pression afin d’obtenir des contre parties d’ordre économique.

Cela fut le cas pour François Hollande,  qui compte dans son entourage de longue date, les identitaires arméniens  “Mourad Papazian et Ara Toranian, les deux visages du lobby arménien en France” (article d’Ariane Bonzon du 2 mai 2015) 

L’un des deux compères, ancien terroriste justifie leurs actions par cette déclaration laconique : “ On n’avait pas le choix, la violence était notre dernier recours». C’est dire la qualité de l’entourage du Président français sur ce sujet. 

Le prochain président sera-t-il victime du même lobby et des mêmes influences terroristes ?

Pour autant, certains intellectuels occidentaux refuse ce chantage envers le peuple Turc.

“Les allégations sur les événements de 1915 sont un outil de propagande contre le peuple turc » a déclaré le docteur Christian Johannes Henrich célèbre le politologue allemand.

Henrich s’est exprimé, jeudi, lors d’une conférence organisée dans la province turque de Konya, en Anatolie centrale.

Pour Henrich, l’Allemagne a un point de vue partial concernant les allégations arméniennes, et les événements de 1915 sont manipulés sur la scène internationale.

«Des politologues affirment que le monde entier, à part la Turquie, a admis les allégations, a-t-il déclaré. Pourtant, seuls 23 pays les ont reconnues, soit l’équivalent de 10% du monde. Les événements de 1915 et les allégations sont un outil de propagande contre le peuple turc.»

Les décisions politiques prises par les États ne sont jamais liées à la science, d’après Henrich.

«Par exemple, en Allemagne nazie, il a été dit que les Juifs ne sont pas des êtres humains, mais cela a-t-il un lien avec la biologie ou la science?, s’est-il demandé. Parmi les pays dont la majorité de la population n’est pas chrétienne, seul le Liban a accepté ces allégations. Les autres pays sont chrétiens. Du point de vue de l’Autriche, ‘les Ottomans demeurent à la porte de Vienne’. Les ouvriers turcs venus en Allemagne dans les années 1960 sont un autre problème.»

Henrich a fait remarquer que l’Autriche et l’Allemagne admettent seulement le génocide des Juifs, soulignant que ces deux États refusent de reconnaître le génocide commis par les allemands en Namibie.

Il a ajouté que les Grecs ont massacré les Turcs à Chypre, poursuivant: «Le monde entier l’a observé. Mais la Grèce ne l’a pas reconnu comme génocide. La France a commis un génocide en Algérie mais elle refuse de l’admettre. Ces pays ne rendent même pas publics les archives documentant ces événements. Le massacre de Khodjali s’est déroulé de la même manière. Le monde entier a regardé le massacre des Turcs à travers la BBC. 25 ans se sont écoulés et rien n’est encore dit.»

Fatih Karakaya

Source AA