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Farah, l’adolescente forcée de se marier à 14 ans (1)

mariage forcé islam

Les mariages forcés sont encore un fléau de notre siècle où des jeunes femmes sont forcées de se marier dès le plus jeune âge. La raison principale est la pauvreté et les familles pensent ainsi qu’elles vont « sauver » la vie de leurs enfants.

Même s’il est mondial, l’Afrique fait figure de mauvais élève dans ce domaine. D’ailleurs Farah est une des ses jeunes filles qui est l’exemple parfait. Rafia Agbedinou l’a rencontré pour vous raconter son histoire émouvant.

«C’est chez ton mari que tu grandiras» peut-on entendre souvent chez les grand mères ou « une femme n’a de valeur que dans son foyer», paroles encore d’actualités dans nos sociétés Africaines. Farah pour sa part se remémore tous ces propos qui résonne dans ses oreilles comme si c’était hier, elle qui garde encore quelques bribes que lui ont causé le « mariage forcé » alors qu’elle commençait à peine à rentrer dans cet âge délicat, nommée adolescence.

Farah est cette femme qui me confie ses secrets comme pour se libérer d’un poids trop longtemps gardé pour ne pas faire de peine à certaines personnes, selon ses dires. Une grande amie à qui je rends hommage par remerciements au bon Dieu, qui a fait de l’humanité une parure pour certains d’entre nous car, il arrive que par de malencontreux événements de la vie, la méchanceté devient règle d’or malheureusement chez certaines personnes qui se renferment dans leur douleur avec pour excuse : « la vie ne m’a pas épargné ».

Farah c’est cette jeune fille qui a grandi avec pleins de rêves, hélas !

Un destin écrit d’avance ?

Fifi tu sais, j’étais encore très jeune, raconte t’elle, quand le mariage s’est invité dans ma vie. Aujourd’hui avec beaucoup de recule, j’arrive à admettre que c’était ma destinée à laquelle je n’aurais pu échapper.

– Farah, la destinée est une chose que Seul Dieu maîtrise, lui dis-je.

Je suis métisse de culture continue Farah, avec des parents d’ethnies et de religions différentes. Les circonstances ont voulu que je grandisse seulement dans la culture maternelle et que ce modèle encadre mon éducation. À une mère qui se bat toute seule au quotidien pour nous assurer le minimum vital, on doit tout, me disais-je toujours.

J’avais donc pour ma mère un grand amour et une affection particulière pour mon père car on ne peut juger ses géniteurs, plutôt les aimer: telle était ma devise au nom de laquelle je me refusais de haïr ce père dont on a rarement les nouvelles, quand bien même il était en vie.

Grandi dans une certaine liberté d’expression et d’action, tout a chamboulé quand par un matin, un cousin qui est rentré de l’Europe pour ses vacances, s’est ramené en visite de courtoisie à sa tante, ma mère et a envoyé un émissaire par la suite dire son intention de m’épouser.

Ton cousin veut se marier avec toi

J’avais que quatorze ans et je fréquentais le collège. L’émissaire, un de mes oncles ami intime du cousin a demandé d’abord à me parler dès son arrivée à la maison. Il faut dire que ce sont des rares moments où l’on s’interroge : qu’ai-je encore fait ? Puisque quand les oncles ou tantes demandent à nous rencontrer en tête à tête, c’est pour nous conseiller ou réprimander sur certaines attitudes ou dérives comportementales de notre part dont ils ont ouïe dire. Cette pratique était très répandue dans nos sociétés Africaines où les géniteurs jaugeant être fatigués de parler sans voir de changement dans le comportement de leur enfant, faisaient appel aux tantes ou oncles pour intercéder, peut-être prendront ils conscience, les enfants en entendant les reproches d’une autre bouche.

Mon oncle me fit asseoir et ne passa pas par quatre chemins : Farah, m’annonça-t-il, mon ami, ton cousin souhaite se marier avec toi.

– Oncle, tu parles du monsieur avec qui tu étais venu ce matin chez maman ?

– Oui Farah, il vit en Europe et est rentré pour ses vacances.

– Mais je ne le connais même pas, c’est la première fois que je le vois, comment peut-il vouloir se marier avec moi ? Et puis je suis au collège, j’ai à peine quatorze ans !

– Il m’a interrogé sur ton âge et je lui ai dit que tu en avais seize. Tu devras donc lui dire que tu as seize ans quand tu vas discuter avec lui.

– Oncle s’il te plaît le mariage à mon âge c’est le dernier de mes soucis, je ne veux pas.

C’est un mec bien

La discussion avec mon oncle a pris fin ainsi. Pour moi Fifi, c’était fini or mon oncle qui était bien joyeux à l’idée de me voir épouser son ami, est allé s’entretenir avec ma mère en présence de ma grand-mère. Je suis convoquée à une assise familiale dans le même laps de temps.

Mon sort allait être décidé. Assise sur une natte au milieu des trois qui formaient un demi-cercle, ma mère demande à savoir quelle est mon avis par rapport à la bonne nouvelle que l’oncle a apporté ?

« Maman je ne veux pas de ce monsieur » ai-je répondu, je ne veux pas me marier.

C’est ton cousin et aussi loin que remonte nos souvenirs il a toujours été quelqu’un de bien : pas violent, il ne fume pas, il ne boit pas d’alcool et ce n’est pas un coureur de jupons. Je pense Farah me dis ma mère, ton jeune âge t’empêche de voir où est ton bonheur, ce sera à nous de décider pour toi.

Néanmoins va réfléchir pour quelques jours et reviens me dire ta décision finale.

Fifi ma vie en un soir venait de prendre un autre cours.

À suivre…

Rafia Agbedinou