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Erdogan en France: Transfert de technologie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a effectué, vendredi 5 janvier, une visite en France. Après s’être entretenu à l’Élysée avec Emmanuel Macron, les deux chefs d’État ont tenu une conférence de presse. Mais avant cela 3 contrats ont été signé donc un sur le transfert de technologie militaire.

Les États-Unis et de son coté la France et l’Italie proposaient en vain à Ankara depuis plusieurs années un système de défense aérienne. La Turquie avait alors lancé un appel d’offre avec la une demande de transférer de technologie.

Après une série de tirs d’obus syriens dans des localités turques proches de la frontière fin 2012, les missiles Patriot avaient été déployés en 2013 par l’Otan à la demande de la Turquie, inquiète d’une attaque du régime syrien de Bachar al assad. Les États-Unis pensaient avoir un point d’avance. Mais finalement, toujours en 2013, la Turquie avait choisi le groupe chinois, CPMIEC, (China Precision Machinery import and Export Corporation). Une gifle pour les États-Unis mais aussi pour la France et l’Italie qui proposaient à partir du programme franco-italien SAMP/T.

Colère de Washington

En 2013, lorsque le gouvernement turc avait décidé de retenir CPMIEC (China Precision Machinery import and Export Corporation), entreprise d’État chinoise, une véritable levée de boucliers s’était dressée. Les États-Unis étaient furieux, pour plusieurs raisons. La première réside autour de l’incompatibilité du système chinois Fang Dun 2000 (version export du HQ-9) avec ceux de l’Otan (lesquels assurent la moitié de la défense de l’espace aérien turc), sans parler de la crainte de l’Otan de voir les chinois pirater les systèmes occidentaux. CPMIEC fait également l’objet de sanctions américaines en raison de la livraison d’armes à Liran, la Corée du Nord et vraisemblablement la Syrie, pays sous embargo.

Chine disqualifié, seconde chance pour les USA et la France

Novembre 2015, le ministre de la défense turc a finalement annoncé que le système de défense antimissile chinois ne serait pas retenu pour assurer la défense de l’espace aérien turc, face à l’Eurosam et au Patriot. Le système chinois présentait l’avantage d’être nettement moins coûteux que ceux proposés par la concurrence européenne et américaine. La Chine avait promis des transferts technologiques qui auraient permis aux Turcs d’opérer leur système indépendamment et même peut-être de le répliquer.

Manifestement, les transferts technologiques n’ont visiblement pas été à la hauteur des attentes turques. « Ils ont tout simplement refusé de nous donner ce que nous demandions », a commenté un haut fonctionnaire turc travaillant au cabinet du Premier ministre, avant d’ajouter « c’est pourquoi nous allons développer notre propre système ». Parmi les sociétés turques figures Roketsan, qui produisent notamment des roquettes, munitions mais également certains éléments du Stinger et du Rapier, Aselsan laquelle est spécialisée dans les communications, systèmes de guidage et autres radars. Sans mentionner le reste de l’industrie aéronautique turque.

Restent donc en lice Raytheon et Lockheed Martin côté américain ainsi que le consortium franco-italien Eurosam avec le missile sol-air à longue portée SAMP/T qui équipe d’ailleurs l’armée de l’air française (Mamba)… Et qui se positionne en numéro deux. Mais très vite, la Turquie invoque les principaux problèmes posés par le Patriot qui repose sur son absence relative de mobilité, considérant que son électronique de puissance remontant aux années 1970, et que cela en font un système surdimensionné, lourd et plutôt volumineux par rapport aux générations plus récentes.

Washington, Ankara un froid s’installe

Washington humilié, décide, le 16 aout 2015, de retirer ses deux unités de missiles Patriot déployés en Turquie depuis début 2013 sous le commandement de l’Otan. La Turquie devra se débrouiller seul face à d’éventuels tirs de missiles venus de Syrie. Washington, justifie cela par « ces unités va être redéployée aux États-Unis pour des opérations cruciales de modernisation ».

Et c’est l’une des raisons qui pousseront le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan a lancé l’opération Bouclier de l’Euphrate un an plus tard, le 24 août 2016 lors de la guerre civile syrienne. Elle est une offensive menée dans le Nord de la Syrie par la Turquie et l’ASL (Armée Libre Syrienne) contre Daesh et le YPG(Branche syrienne du PKK) . Cette offensive commence par la prise de Jarablus et aboutit à la prise de la ville d’al bab le 23 février 2017. L’opération s’achève officiellement le 29 mars 2017.

La Turquie est en froid avec les USA, a cause du retrait des unités de missiles Patriot, de la Syrie où Washington soutient ouvertement le YPG via la fourniture d’armes le YPG, et son refuse de livrer Fethullah Gülen chef d’orchestre de la tentative de coup d’État le 15 juillet 2016.

La diplomatie française à gagné?

En attendant l’accord avec la France, la Turquie a acheté plusieurs systèmes antimissiles Russe, les fameux S400, qui lui seront livrés en 2019.

Finalement le 5 janvier 2018, Paris et Ankara ont fait un pas de plus en signant à l’occasion de la visite à Paris de Recep Tayyip Erdogan un contrat d’étude de définition d’un futur système de missiles dans le cadre du programme turc Loramids (Long-Range Air and missile Defense System).

D’une durée de 18 mois, cette étude a été confiée aux groupes turcs, Aselsan et Roketsan, et au consortium européen Eurosam, composé de MBDA et Thales. Grâce au contrat signé vendredi, les trois groupes partenaires vont donc préparer le développement et la production d’un futur système de défense aérienne et antimissile à partir de briques technologiques développé pour le système de défense aérien SAMP/T et le missile ASTER produit par Eurosam. Le futur système devra être prêt « au milieu de la prochaine décennie » avec une capacité militaire conçue pour « contrer les menaces les plus difficiles (avions furtifs, drones, missiles de croisière et missiles balistiques) », a affirmé Eurosam.

Si le président de la République française, Emmanuel Macron jouait la commerciale des droits de l’homme et de la liberté de la presse, Recep Tayyip Erdogan était venu pour signer des contrats.

       FTU