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Quand la danse ébranle la République

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Chaque jour, un nouveau lot de polémiques vient alimenter le débat public en France. Ainsi, après le burkini, le voile, les drapeaux aux mariages, la députée du Doubs (centre-est), Annie Genevard a visé les danses traditionnelles des étrangers.

En effet, mercredi, lors des débats sur la loi « confortant les principes de la République » qui inclut l’interdiction des drapeaux étrangers lors de mariages, la députée a été particulièrement virulente contre les danses traditionnelles.

Ainsi, la députée Les Républicains fait un long réquisitoire contre les étrangers et « leurs mariages ».

« Que voit-on dans beaucoup de situations de mariage, dans nos villes, dans nos villages ? Certaines familles, françaises ou non, d’origine étrangère, au moment des mariages, parfois dans la salle des mariages, dans l’hôtel de ville, sur la place de l’hôtel de ville, brandissent des drapeaux étrangers, ou manifestent par des danses, des spectacles, les traditions qui sont les leurs », explique Annie Genevard.

La vice-présidente de l’Assemblée nationale poursuit : « Moi je pense que lorsque l’on est marié dans une mairie française, dans un bâtiment public, qui est vraiment l’emblème de la République, il faut se plier aux codes. Chaque fois que nous avons, en tant que maires, affaire à ces situations, ça suscite énormément d’émoi dans la population. Ca insupporte les gens. Je vous assure mes chers collègues. Ils y voient un pied de nez à ce que le président de la République appelle ‘l’art d’être français’. L’art d’être français c’est aussi se conformer aux règles du pays dans lequel on vit ».

La danse un danger pour la République ?

En réponse à la députée, Eric Dupond-Moretti, garde des sceaux rappelle que « le sirtaki est grec, la valse autrichienne, la sardane catalane, le flamenco espagnol, la salsa cubaine, et le smurf français » avant de lancer « moi, madame la députée, quand je vois des gens danser, ça me rend heureux ! « .

Par ailleurs, Twitter s’enflamme et les internautes ne comprennent pas ces attaques. Cedric Mas, historien et président de l’Institut Action Résilience fait un parallèle avec les volontés de la députée et des islamistes.

« Certains voudraient que les arabes arrêtent de faire de la musique dans la rue (pour leurs mariages ou autres) en France. Ça tombe bien, c’est ce que veulent aussi les fondamentalistes salafistes & Jihadistes. Une telle communion de pensée, c’est émouvant. Bravo et merci », ironise sur son compte Twitter. Il rappelle par ailleurs, que c’est exactement la même chose quand des députés de la République ne souhaitent pas que les filles voilées fassent du sport comme « l’exigent les islamistes ».

Ce qui est frappant dans la volonté de la députée, c’est de mettre le parallèle entre la danse et le séparatisme. Même si elle s’est défendue par la suite sur son compte Twitter de vouloir interdire la danse, ses paroles sont pourtant claires.

Ainsi selon elle, lorsque des personnes qui ont une culture différente ou des français dansent selon des traditions étrangères cela « suscite énormément d’émoi dans la population et c’est insupportable ».

Mais les incivilités alors ?

On peut comprendre la position de la députée, si elle parlait de ces personnes qui bloquent les routes et dansent en empêchant les autres de passer. Dans ce cas, il ne s’agira pas de viser une catégorie particulière mais une action incompatible ni avec les lois de la République ni avec le bon sens. Il s’agit tout simplement d’une incivilité condamnable qui peut mettre tout le monde d’accord.

Mais à priori ce n’est pas l’intention première de cette dame. Il s’agit avant tout de viser une catégorie de personne en fonction de l’appartenance ethnique ou religieuse. Selon La vice-présidente de l’Assemblée nationale, toute personne vivant sur le sol français est donc française ? Elle veut interdire les drapeaux hors de l’Union Européenne. Mais elle oublie par exemple que la Norvège ou l’Islande ne font pas partie de l’Union Europénne. Dans ce cas, sera-t-elle prête à bannir les citoyens de ces pays ?

De même si l’Union Européenne ne pose pas de problème, les pays membres du Conseil de l’Europe sont-ils moins fréquentables ?

En tout cas, comme le rappel Mediapart, « loin d’être anecdotiques, ces sorties traduisent la dérive idéologique d’une partie de la droite qui a chaviré dans l’électoralisme ».

Fatih KARAKAYA

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