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Idlib, dernière zone de désescalade!

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé mardi toutes les parties « directement et indirectement impliquées » dans le conflit en Syrie à tout faire pour éviter un « bain de sang » dans la province d’Idlib.

« Idlib est la dernière ‘zone de désescalade’ (de retour au calme) en Syrie » prévue par les accords d’Astana, a rappelé le Secrétaire général. « Il ne faut pas la laisser se transformer en bain de sang », a-t-il ajouté.

Le processus d’Astana est un ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie. L’accord d’Astana est un traité signé le 4 mai 2017 par la Russie, l’Iran et la Turquie et portant sur la création de quatre zones de cessez-le-feu dans le pays. Ces dernières sont le fruit de ces séries de négociations. Le texte n’a été ratifié ni par le régime syrien, ni par l’opposition en exil.

Ces zones sont situées à Damas (Ghouta orientale), Deraa, Homs et Idlib. Les trois premières zones ont cependant été reprises par les loyalistes en 2018.

Rappel historique : Il a été établi dans ses frontières actuelles après la Première guerre mondiale, suite au dépeçage de l’Empire ottoman par les Français et les Britanniques, au lendemain des accords de San Remo en 1920. Sous mandat français jusqu’en 1946, la Syrie indépendante a connu des épisodes démocratiques puis des coups d’Etats militaires dont celui du parti Baath en 1963 qui a établi le régime actuel. En 1970, Hafez Al-Assad, père de Bachar, s’empare du pouvoir par un putsch, se débarrasse de ses adversaires et établit une dictature sécuritaire verrouillée.

À sa mort en 2000, la constitution du pays est modifiée afin que son fils lui succède. Après une courte période de libéralisation, surtout économique, Bachar rétablit un système autoritaire autour d’un clan familial et militaire, affairiste et corrompu. Al-Assad succède à son père faisant ainsi de la Syrie, avec la Corée du Nord, le seul cas de république héréditaire. En mars 2011, de jeunes collégiens, des adolescents dont l’âge est celui de la transgression, écrivent par jeu sur les murs de Deraa dans le sud du pays le slogan scandé dans toutes les rues arabes : « Le peuple veut la chute du régime ».

Ils sont arrêtés par les services de sécurité et torturés. À la suite de cet acte, les manifestations s’étendent par capillarité dans tout le pays. Des centaines de milliers de manifestants pacifiques réclament la démocratie et la fin de la corruption. Les forces du régime répondent systématiquement en tirant sur la foule, faisant des morts et des blessés.

Des civils prennent les armes pour défendre leurs quartiers et villages contre les exactions de l’armée et des forces de sécurité. Parallèlement, des soldats de l’armée refusent de tirer sur leurs concitoyens. Certains sont exécutés par leurs supérieurs tandis que les autres n’ont d’autre choix que de déserter. Le 31 juillet 2011, un communiqué d’officiers déserteurs, réfugiés en Turquie, annonce la création de l’Armée Syrienne Libre et appelle d’autres militaires à la rejoindre. (Source : BBC.com)

Les 4 forces actuellement sur le terrain sont les suivants :

1 – Les forces gouvernementales, loyalistes au régime de Bachar Al-Assad comprennent aujourd’hui, outre l’armée régulière, des milices et d’autres groupes armés étrangers.

2. L’opposition armée syrienne, appelée au début « Armée syrienne libre » (ASL), dite aussi « rébellion » ou « insurgés », n’a jamais réussi à se constituer en une force coordonnée et centralisée. Elle est composée de différents groupes et brigades locales, formés au départ par des civils qui ont pris les armes. Après avoir contrôlé la plus grande partie du pays jusqu’en 2014, l’opposition armée n’a cessé de reculer depuis l’intervention russe à l’automne 2015.

3 – L’Etat islamique ou Daech apparu sur le terrain à partir du printemps 2013, la redoutable formation jihadiste est composée à 80% de non Syriens, des extrémistes venus du monde entier. Elle a proclamé en juin 2014 un « Califat » sur une grande partie du territoire syrien et irakien et contrôle toute la moitié orientale de la Syrie.

4 – Les forces kurdes syriennes, majoritairement peuplée de Kurdes syriens. Leurs forces militaires sont composées de combattants locaux, appartenant au PYD, branche syrienne du PKK kurde de Turquie, d’origine communiste considéré comme une organisation terroriste par une partie des pays européens. Ces forces kurdes ne sont pas considérées comme opposantes au régime syrien.

Le président syrien est responsable des violences commises par son armée, qui ont abouti à la destruction d’une grande partie de la Syrie, à la mort de centaines de milliers de civils et au déplacement de millions de Syriens hors du pays et à l’intérieur. L’utilisation massive d’armes interdites même en temps de guerre contre la population civile, y compris par le gaz comme lors des attaques chimiques dans les environs de Damas l’été 2013, les disparitions forcées ou les tortures à mort des prisonniers par milliers, sont les exemples les plus flagrants. Qualifiant tous les opposants de « terroristes », il s’est permis l’emploi de tous les moyens pour combattre les contestataires, et en particulier les opposants démocrates, qu’il craint le plus. Mais le facteur déterminant a été le soutien de ses principaux alliés, l’Iran et la Russie, qui l’ont
fourni massivement en hommes, en armes et en matériel, intervenant même directement sur le terrain et le protégeant également sur le plan diplomatique à l’ONU. (Source : Diplomatie.gouv.fr)

Dudu Keles